“Demander à la terre de s’immobiliser”

- Photo by S. Wojtkowiak; from Flickr
Au lieu de cela, il y avait autre chose, il y avait des pleurs ou des chants, ou des pleurs comme dans une chorale ou dans une prière, c’est difficile à décrire. Ça devait être les gens en deuil au bas de la colline ou je ne sais quoi. J’étais tellement fatigué que je rêvais éveillée avant de finalement sombrer dans ce monde de voix et de la douleur.
- Blogue, 16 janvier
Port-au-Prince – L’autre jour, j’ai demandé à Emmanuel à propos des chants que j’avais entendu. Il m’a dit que dans les camps les gens chantent tous les soirs. Je n’avais donc pas rêvé.
J’aimerais y aller pour pouvoir les enregistrer. Ça pourrait vraiment nous aider à connaître et comprendre les camps davantage. C’est durant la nuit que les gens pleurent et se réunissent, pendant la journée, ils sont occupés à survivre.
Emmanuel demeure dans un camp qui n’a pas reçu d’aide pour le moment. C’est à Carrefour des Brosses, en dehors de la ville. Emmanuel me dit qu’ils chantent tous les soirs, et que je pourrais venir les voir. Il va en parler au responsable de l’organisme qu’ils ont créé (U.D.Ha.C, Belange ignare) pour savoir si ça c’est possible. 3500 personnes demeurent dans ce camp.
Le problème c’est la sécurité. Un homme blanc qui se promène avec un appareil photo la nuit, c’est un peu risquée ici.
Mais je sens que ces chants seraient si magnifiques, qu’ils pourraient aider la récolte des dons et donner un peu d’attention à ces camps. Puisqu’on parle ici de musique, ça me fait penser à mon vieil ami Sarasvati qui m’a toujours protégé, moi et ma guitare / sitar en tournée. Avec le modem satellite pointant vers les étoiles, il est facile pour moi de lui demander de me protéger.
J’avais pris soin de parler et de plaisanter avec les gars à la porte de l’ambassade du Canada afin qu’ils apprennent à me reconnaître. Aujourd’hui, je leur ai demandé de me laisser sortir la nuit et de me laisser entrer à mon retour. “Pa ni problème (Pas de problème)», m’ont-ils répondu.
Emmanuel et Johnny sont venus me chercher avec un conducteur. Nous avons commencé à traverser la ville. Les choses sont très occupés ici la nuit, il ya beaucoup de personnes qui dorment sur les trottoirs.
A un moment, nous avons dû revenir en arrière pour prendre un autre chemin parce que la rue était pleine de gens qui dormaient sur le sol. Il ya des bougies partout, et ces rues enfumées et très animées semblent appartenir à un autre monde. Nous avons également rencontré des policiers sur la route ; des adolescents avec des AK47 ça me rend toujours un peu nerveux.
Il n’y avait pas de lumière dans les camps, mais j’ai sorti ma caméra Super Duper avec faible luminosité. Nous avons également acheté des bougies que nous avons données aux gens pour faire un peu de lumière pendant le tournage.
Nous avons traversé le camp, courbés sous les tentes de fortune “et jusqu’à une tente plus grande qui pouvait réunir près 50 personnes. Les blessés et les malades étaient allongés, tandis que les autres étaient debout. Le groupe avait déjà commencé à chanter, alors nous avons distribué les bougies. J’ai quand même réussi à me frayer un chemin vers le centre sans marcher sur quiconque.
Je ne voulais pas de tourner un clip musical, me déplacer et mettre ma lentille dans leur visage. Je voulais être aussi invisible que possible. Le groupe a commencé à chanter, et la magie a commencé :
Ils chantent avec leurs âmes, demandant à la terre de ne plus trembler. Ils battent des mains pour qu’ils puissent guérir, crient leurs prières pour qu’elles puissent être exaucé. Ils retrouver l’espoir et l’harmonie de leurs voix confondues ensemble est un puissant appel.
Peuple haïtien, vous êtes si fort et si beau !
















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